L’IA dans l’entreprise sanitaire : un outil, pas un effet de mode

Pour beaucoup d’installateurs sanitaires, « intelligence artificielle » évoque des robots ou des programmes qui écrivent des dissertations. Dans une entreprise sanitaire, il s’agit de quelque chose de plus terre à terre : des logiciels qui reprennent le travail répétitif au bureau et sur le chantier. Répondre au téléphone, préparer les devis, saisir les justificatifs, rédiger les rapports, planifier les interventions. C’est l’automatisation dont parle la branche, et l’IA en est une partie.

Ce guide présente sept usages que les entreprises sanitaires peuvent adopter dès aujourd’hui, les outils disponibles, leur coût, ce qu’exige la protection des données et les limites de l’IA.

Points clés

  • En 2025, 34 % des PME suisses avaient intégré sciemment l’IA à leurs processus de travail, contre 22 % en 2024. 37 % supplémentaires la testent (AXA/Sotomo 2025).
  • 57 % des PME qui utilisent l’IA constatent un gain de temps. Mais seul un tiers environ a fixé des règles claires de protection des données.
  • Un agent IA exécute plusieurs étapes de lui-même (répondre à l’appel, proposer un rendez-vous, créer la commande). Il lui faut donc des règles claires et une validation humaine.
  • La loi sur la protection des données s’applique directement à l’IA, rappelle le PFPDT. Avec chaque fournisseur qui traite des données de clients, il faut un contrat de sous-traitance selon l’art. 9 nLPD.

Où en sont les PME suisses ?

Le chiffre le plus fiable pour la Suisse vient de l’étude PME sur le marché du travail d’AXA et Sotomo. En mars 2025, 300 PME de Suisse alémanique et romande ont été interrogées. 34 % ont intégré sciemment l’IA à leurs processus (2024 : 22 %), 37 % la testent (2024 : 33 %) et seules 29 % y renoncent encore (2024 : 45 %).

Graphique : utilisation de l’IA dans les PME suisses en 2024 et 2025 selon AXA/Sotomo
L’IA dans les PME suisses : en un an, la part des entreprises sans IA est passée de 45 % à 29 %. Source : AXA/Sotomo, étude PME marché du travail 2025.

Les PME utilisent l’IA surtout pour les traductions (52 %), la correspondance (47 %), l’optimisation des étapes de travail (34 %) et l’analyse de données (32 %). 57 % des PME qui s’en servent constatent un gain de temps (2024 : 46 %). Revers de la médaille : seul un tiers environ a des règles claires de protection des données pour l’IA, et 23 % seulement parmi les entreprises de 5 à 9 personnes, soit la taille de nombreuses entreprises sanitaires (AXA, communiqué du 8.10.2025, en allemand).

À titre de comparaison, en Allemagne, 36 % des entreprises de 20 personnes et plus utilisaient l’IA en 2025 selon Bitkom (année précédente : 20 %). Ces chiffres ne sont pas transposables tels quels à la Suisse (Bitkom, 15.9.2025).

IA, automatisation, agent IA : de quoi parle-t-on ?

  • L’automatisation fait tourner un processus selon des règles fixes. Exemple : un rapport terminé génère un projet de facture. Pas besoin d’IA pour cela.
  • L’IA intervient quand le logiciel doit traiter des informations non structurées : la voix, la photo d’une facture, un e-mail rédigé librement, un descriptif en PDF.
  • Un agent IA ne se contente pas de répondre : il enchaîne plusieurs étapes et pilote d’autres programmes. Il prend l’appel, reconnaît un dégât d’eau, vérifie qui est de piquet, crée la commande et envoie un SMS au client. Plus il agit seul, plus il faut définir ce qu’il peut décider sans demander.
  • Un assistant vocal comprend la langue parlée. Dans l’artisanat, il en existe deux sortes : ceux pour les collaborateurs (saisir heures et notes à la voix) et ceux qui répondent aux appels des clients.

7 usages de l’IA dans l’entreprise sanitaire

  • IA téléphonique : prise d’appel, tri des urgences, rendez-vous (détails ci-dessous).
  • Devis et descriptifs : projet de devis à partir des notes de visite, de photos ou de mandats antérieurs, lecture d’un descriptif CAN. Le professionnel contrôle quantités, prix et risques.
  • Planification des interventions : l’IA propose un planning en tenant compte des qualifications (gaz, par exemple), des absences, du piquet et des trajets. Le responsable de la planification l’ajuste.
  • OCR des justificatifs : les factures de grossistes sont photographiées ou transmises en PDF, le logiciel lit fournisseur, date, montants et TVA.
  • Rapport vocal : le monteur dicte ce qu’il a fait et posé, le logiciel structure temps, matériel et photos.
  • Maintenance et communication client : rappels pour les contrats de maintenance, confirmation des rendez-vous, projets de réponses aux e-mails.
  • Textes et traductions : l’usage le plus fréquent dans les PME suisses. Pratique pour les entreprises qui travaillent des deux côtés de la Sarine, à condition de faire relire les textes.

IA téléphonique et agent vocal pour installateurs sanitaires

Pour un installateur sanitaire, le téléphone est le premier canal d’entrée, surtout pour le service d’urgence. C’est aussi le plus dérangeant : sur le chantier, impossible de décrocher, et un appel manqué pour une rupture de conduite est une commande perdue.

Ce que fait une IA téléphonique :

  • Prise d’appel : l’assistant répond jour et nuit, se présente au nom de l’entreprise et précise qu’il s’agit d’une IA.
  • Tri des urgences : avec des questions fixes, il détermine s’il s’agit d’une urgence. L’eau coule-t-elle ? La vanne principale est-elle fermée ? Plus d’eau chaude, plus de chauffage ? Les cas urgents vont directement au piquet, le reste est documenté.
  • Rendez-vous : pour les demandes courantes (détartrer un chauffe-eau, chasse d’eau défectueuse, devis pour une salle de bain), il propose un rappel ou une visite.
  • Transfert vers le planning : nom, adresse, demande et urgence arrivent comme commande dans le système. Le responsable de la planification décide qui intervient et quand.
Workflow de l’appel à la facture : tri, intervention, rapport et facture
De l’appel à la facture : l’IA répond et trie, un humain décide au tri, à l’intervention et à la facture. Schéma : Baunex, représentation propre.

Suisse allemand et langues du chantier : Abacus indique que la reconnaissance vocale de son application mobile AbaClik fonctionne aussi en suisse allemand, en portugais, en serbe et dans les autres langues courantes sur les chantiers suisses (Abacus, 29.1.2026, en allemand). Cela concerne la saisie par les collaborateurs, pas la prise d’appels. HERO Voice, assistant téléphonique d’un éditeur allemand de logiciels pour artisans, dit comprendre « le haut allemand ou le dialecte régional », sans mentionner explicitement le suisse allemand ni le français. Avant d’acheter, testez avec de vrais appels, dans plusieurs langues et avec du bruit de chantier.

Coût : les prix publiés sont rares. Exemple : HERO Voice en version autonome coûte EUR 69 par mois avec engagement de douze mois ou EUR 89 par mois sans engagement, avec 150 minutes incluses, puis EUR 0.30 la minute (HERO Voice, prix vérifiés le 26.09.2026). Pour la Suisse, demandez le prix en francs, la disponibilité et le lieu d’hébergement des données.

Obligation d’informer : selon le PFPDT, les personnes ont le droit de savoir si elles parlent ou correspondent avec une machine. L’annonce d’accueil doit donc le dire clairement et offrir la possibilité de parler à un humain.

Baunex propose selon sa page produit un assistant vocal pour les collaborateurs (heures et notes à la voix). La prise d’appels de clients n’en fait pas partie à notre connaissance.

Outils IA par domaine d’utilisation

Le tableau classe des types d’outils par domaine. Ce n’est pas un panorama complet du marché. Les indications sur le suisse allemand et l’hébergement proviennent des fournisseurs (état au 26.09.2026). « À vérifier » signifie que nous n’avons trouvé aucune information publiée.

DomaineType d’outil et exempleSuisse allemandHébergement des données
Textes, e-mails, traductionsAssistants IA généralistes (p. ex. ChatGPT, Microsoft Copilot)saisie écrite, sans objetselon l’abonnement, à vérifier
TéléphoneAssistant téléphonique IA (p. ex. HERO Voice)pas mentionné explicitementà vérifier
Saisie vocale sur le chantierApp mobile avec reconnaissance vocale (p. ex. Abacus AbaClik, assistant vocal Baunex)Abacus : oui ; Baunex : pas d’indicationà vérifier
Devis et descriptifsProjet de devis et analyse de descriptifs dans le logiciel de branche (p. ex. Abacus Intelligence)sans objetà vérifier
OCR des justificatifsReconnaissance de pièces (p. ex. OCR Baunex)sans objetBaunex : selon la page produit, sur sa propre infrastructure, sans transmission à des services externes
PlanificationPropositions de planning par IA (p. ex. planification Baunex)sans objetà vérifier


Combien coûte l’IA ?

Les fonctions IA font souvent partie des logiciels pour artisans. Une entreprise sanitaire n’a en général pas besoin d’un système IA séparé.

Poste de coûtExemple et source
Logiciel avec fonctions IABaunex : Starter CHF 29, Pro CHF 39, Enterprise CHF 59 par utilisateur et par mois, en abonnement annuel CHF 24 / 34 / 49 (hors TVA, prix)
IA téléphoniqueHERO Voice autonome : EUR 69–89 par mois avec 150 minutes (site du fournisseur, 26.09.2026)
FormationCours suissetec « KI in der Gebäudetechnik » : CHF 700 pour les membres, CHF 840 pour les non-membres


Exemple de calcul (hypothèse, pas une mesure) : si le rapport vocal fait gagner 10 minutes par jour à chaque monteur, une équipe de 5 monteurs sur 20 jours gagne 5 × 10 × 20 = 1'000 minutes, soit environ 16,7 heures par mois. Baunex Pro pour 5 utilisateurs coûte CHF 170 par mois en abonnement annuel (5 × CHF 34). Mesurez vos propres temps une semaine avant l’introduction et trois mois après.

Protection des données (nLPD) et IA

Le PFPDT le rappelle : la loi sur la protection des données en vigueur depuis le 1er septembre 2023 s’applique directement aux traitements basés sur l’IA. Il faut rendre transparents le but, le fonctionnement et les sources des données. En cas de risque élevé, une analyse d’impact est obligatoire (PFPDT, mise à jour du 8.5.2025).

Les points essentiels pour une entreprise sanitaire (nLPD sur Fedlex) :

  • Sous-traitance (art. 9 nLPD) : un fournisseur d’IA qui traite des données de clients sur mandat a besoin d’un contrat. Il ne peut traiter les données que comme vous pourriez le faire vous-même et doit garantir leur sécurité.
  • Sécurité des données (art. 8 nLPD) : chiffrement, droits d’accès, mots de passe sûrs, y compris sur les téléphones des monteurs.
  • Communication à l’étranger (art. 16 nLPD) : si les serveurs sont hors de Suisse, l’État concerné doit offrir une protection adéquate ou il faut des garanties, par exemple des clauses contractuelles types.
  • Devoir d’informer (art. 19 nLPD) : les clients doivent savoir que leurs données sont traitées et dans quel but. Avec une IA téléphonique, il faut annoncer qu’une machine répond et si l’appel est enregistré.
  • Entraînement de l’IA : précisez par contrat si le fournisseur utilise vos données pour améliorer son IA.
CritèrePlusieurs outils séparésLogiciel intégré pour artisans
Contrats de sous-traitanceun par outilun pour la plateforme, plus ses sous-traitants
Flux de données et interfacesnombreux, chacun à sécuriserpeu nombreux
nLPD, CO (conservation des pièces comptables)à vérifier outil par outilà vérifier chez un seul fournisseur
Hébergementdifférent selon l’outilun seul lieu, à vérifier


Le CO impose de conserver livres et pièces comptables pendant dix ans (art. 958f CO). Vérifiez que justificatifs et rapports restent disponibles et exportables en cas de changement de fournisseur.

Formation : le cours suissetec sur l’IA

suissetec propose un cours d’une journée intitulé « Künstliche Intelligenz (KI) in der Gebäudetechnik – Einfach loslegen statt Spezialisten beauftragen », destiné aux artisans et planificateurs de la technique du bâtiment. Au programme : outils IA au bureau, analyse de pannes d’installations, appels d’offres et devis, agents IA, avec exercices pratiques. Prochaine date selon suissetec : 19 janvier 2027 au campus de Lostorf, CHF 700 pour les membres, CHF 840 pour les non-membres. Le cours figure sur la page germanophone de suissetec (suissetec, liste des cours, vérifié le 26.09.2026).

Limites et risques

  • L’IA invente des réponses plausibles : références de normes, numéros d’article ou prix. Chaque indication technique ou juridique doit être vérifiée.
  • Pas de regard sur le terrain : l’IA ne voit ni raccord corrodé ni matériau amianté. Pour les bâtiments construits avant 1990, la Suva exige de clarifier la présence d’amiante avant les travaux.
  • Erreur de tri : une IA téléphonique qui classe une vraie urgence en routine cause des dégâts. En cas de doute, les règles doivent plutôt transférer au piquet.
  • Dépendance au fournisseur : l’export des données doit être garanti.
  • La responsabilité reste à l’entreprise : une position de devis erronée reste votre erreur, même si l’IA l’a proposée.

L’IA ne remplace pas les monteurs : elle reprend le travail administratif, l’installation et la réparation restent un travail de spécialistes.

Conclusion

Un tiers des PME suisses travaillent déjà sciemment avec l’IA, un autre tiers la teste. Pour les installateurs sanitaires, les usages les plus utiles sont les plus discrets : répondre au téléphone et trier, préparer les devis, lire les justificatifs, dicter les rapports, planifier. Commencez par un goulet d’étranglement, mesurez avant et après, réglez la protection des données avant le premier outil. Baunex réunit devis, planification, rapport, OCR et facturation dans une seule plateforme, que vous pouvez tester gratuitement.